1. La boîte à outils clinique de l’administrateur réseau

Face à une interruption de service ou une dégradation de connectivité, l’administrateur réseau ne doit jamais procéder par tâtonnements aléatoires. Une méthodologie de diagnostic rigoureuse s’appuie sur la vérification ordonnée des couches du modèle OSI à l’aide d’utilitaires CLI standardisés.

2. Décryptage des commandes de diagnostic fondamentales

  • ping (Packet Internet Groper – Couche 3 ICMP) : Teste la joignabilité d’un hôte distant et mesure le temps d’aller-retour (RTT – Round Trip Time) en millisecondes ainsi que le taux de perte de paquets.
    ping -c 4 8.8.8.8         # Envoie 4 requêtes d'écho ICMP (Echo Request / Echo Reply)
  • traceroute / tracert (Cartographie du chemin réseau) : Découvre la séquence exacte des routeurs traversés pour atteindre une cible en exploitant le champ TTL (Time To Live) de l’en-tête IP :
    traceroute ecole-informatique.ch   # Affiche chaque saut (Hop), l'adresse IP du routeur et la latence

    Le paquet part avec un TTL de 1, le premier routeur décrémente le TTL à 0, le détruit et renvoie un message ICMP Time Exceeded, dévoilant ainsi son identité. Le processus se répète en incrémentant le TTL jusqu’à la destination.

  • arp (Inspection du cache de résolution MAC – Couche 2) :
    arp -a                     # Affiche la table de correspondance locale entre adresses IP et adresses MAC physiques
  • netstat / ss (Inspection des sockets réseau et statistiques) :
    ss -tulpn                  # (Linux moderne) Liste tous les ports TCP/UDP en écoute avec le PID du processus associé
  • nslookup / dig (Interrogation des serveurs DNS – Couche 7) :
    dig @8.8.8.8 ecole-informatique.ch MX +noall +answer   # Interroge un serveur DNS précis pour obtenir les enregistrements MX

3. Méthodologie d’investigation séquentielle d’une panne

Lorsqu’un poste client signale « Internet ne fonctionne plus », appliquez systématiquement la séquence de dépannage ascendante du Groupe Éducasuisse :

  1. Étape 1 (Physique & Liaison) : Vérifier la liaison électrique (LED de la carte réseau verte, câble bien branché ou Wi-Fi connecté).
  2. Étape 2 (Configuration locale) : Vérifier l’adresse IP et le masque (ip addr ou ipconfig). Si l’IP commence par 169.254, le serveur DHCP est injoignable.
  3. Étape 3 (Boucle locale) : Pinger l’adresse locale ping 127.0.0.1 pour tester la pile logicielle TCP/IP de l’ordinateur.
  4. Étape 4 (Passerelle par défaut) : Pinger la passerelle locale (le routeur). Si le ping réussit, le réseau local fonctionne parfaitement.
  5. Étape 5 (Routage externe) : Pinger une IP publique extérieure (ex. ping 1.1.1.1). Si le ping réussit, la connexion Internet et le routage WAN sont opérationnels.
  6. Étape 6 (Résolution DNS) : Pinger un nom de domaine (ex. ping google.ch). Si l’étape 5 réussit mais que l’étape 6 échoue, la panne est strictement imputable à la configuration du serveur DNS.

Exercice de simulation : Sur votre ordinateur, simulez une coupure DNS en modifiant temporairement les paramètres de votre carte réseau avec une fausse adresse IP de serveur DNS (ex. 192.0.2.1). Observez quelles commandes échouent (navigateur web, curl) et quelles commandes continuent de fonctionner (ping vers une adresse IP directe).